tribunes
Bref... les recettes d'un succès
Les fans de "Bref" sont en deuil depuis jeudi 12 juillet, jour de diffusion des derniers épisodes de la série phénomène du Grand Journal. Cécile Guthleben livre son regard sur ce phénomène.
Après 82 épisodes, Harry Tordjman, Navo et Kyan Khojandi ont décidé de tout arrêter - comme on quitte quelqu'un avec qui on n'a plus rien à faire, qu'on aime encore mais qu'on ne veut surtout jamais détester, pour ne pas ruiner l'histoire d'amour. Et pour cela, malgré la tristesse, il faut leur dire MERCI. Merci d'avoir tenu bon, merci d'avoir arrêté avant l'épisode de trop, avant que les fans ne commencent à vous détester.
Pour eux, tout avait commencé au Festival de Cannes 2011, lorsqu'ils ont rencontré les patrons de Canal + et de KM, société qui produit Le Grand Journal. Pour les téléspectateurs, ça a commencé en août 2011 par un teaser avec Michel Denisot en guest star. Puis tout s'est enchaîné. Quelques épisodes ont suffi pour faire de Bref le "phénomène" de la rentrée. Une couv' de GQ par ci, une couv' des Inrocks par là et les voilà en haut de l'affiche. Bref est devenu le rendez-vous attendu par tous après 20h sur Canal. Tous les trentenaires se sont mis à ponctuer leurs phrases de "bref".
Mais que s'est-il vraiment passé ?
On se reconnait dans les personnages, nous autres (presque) trentenaires, célibataires et citadins. Combien de fois ai-je entendu dans une soirée des gens parler d'un épisode de Bref en disant "Nan, mais le dernier, c'est dingue, c'est trop moi" - personnellement, le "Bref, je suis comme tout le monde" fait vraiment partie de mes préférés. Le téléspectateur s'identifie au personnage, phénomène cathartique, il s'attache à lui et devient accro...
C'est aussi simple que ça ! Les créateurs de la série ont tout simplement su identifier leur meilleur public potentiel (des gens comme eux) et décidé de s'adresser directement à eux avec des codes qu'ils maitrisent : la difficulté d'être en couple, le plan cul, la nostalgie des années 90 (Bref, j'ai grandi dans les années 90) etc.
C'est court, c'est drôle, tout ce dont un trentenaire a besoin quand il rentre chez lui : deux minutes de détente avant d'aller mettre une lessive, vérifier ses mails pro et attaquer la vaisselle qui s'entasse depuis trois jours. Mais ce n'est pas seulement court et drôle, ça n'aurait pas suffi. Bref a su trouver tout d'abord un vrai ton : une voix off, des phrases courtes ponctuées du fameux "Bref". Associez à ce ton un montage cut et rapide et vous avez deux minutes de pure énergie, parfois façon clip, et ça marche. A l'ensemble, ajoutez quelques doses de graphisme, d'animation et vous saurez convaincre aussi les geeks qui regardent Bref sur Internet et pas à la télé (Bref, j'ai envoyé un texto).
C'est comme toutes les séries, on veut connaitre la suite ! Le truc est vieux comme les séries... Ce bon vieux cliffhanger, ce suspense insoutenable qui laisse les personnages dans des situations si dramatiques à la fin d'un épisode que le téléspectateur n'a qu'une envie : savoir comment le héros va réussir à s'en sortir... Je vous rappelle que Bref a fait durer le suspense pendant 40 épisodes avant que Kyan n'embrasse enfin "cette fille" ! Et quel twist final dans l'avant-dernier épisode Bref, lui c'est Kheiron... On se serait cru dans Twin Peaks ou dans Lost !
Alors, avec cette recette qui marchait du tonnerre à (presque) tous les coups, on se dit qu'Harry Tordjman, Navo et Kyan Khojandi auraient pu surfer sur ce succès, faire grimper les enchères, repartir pour une nouvelle saison, faire moins bien mais s'en moquer un peu tellement ça leur rapportait d'argent... Mais non. Ils avaient écrit une histoire, elle est terminée. Bref, ils ont arrêté Bref.
Cécile GUTHLEBEN
Cécile Guthleben a 26 ans, vit à Paris. Elle aime, entre autres, David Lynch et Carrie Bradshaw, Bret Easton Ellis et Grey's Anatomy, les broches en forme de fleurs et le vin.
Diplômée en cinéma, journaliste pour la télévision, pour plusieurs magazines spécialisées dans le cinéma, elle couvre aussi chaque année pour le journal "L'Alsace" le festival de la Foire aux Vins de Colmar. Elle présente également pour les sites d'information numérique de SFR Collectivités des émissions pédagogiques dédiées au numérique.
Son blog est son espace de liberté. A découvrir ici...
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